Les couleurs de Marrakech

Jeanne Maze Churchill est peintre. Née à Londres et élevée en Grande-Bretagne, elle vit et travaille aujourd’hui dans le sud-ouest de la France. Elle est la petite-fille du peintre français Paul Maze (1887-1979), que l’on avait surnommé le « dernier des Impressionnistes ».
Quel est votre plus ancien souvenir de peinture ?

Mon tout premier souvenir est olfactif : l’odeur du papier et des produits dans l’atelier de mon grand-père. D’un point de vue visuel, je me rappelle d’abord de grosses taches de peinture. Enfant, je trouvais merveilleuses ces taches de couleur. J’aimais les dames en robes tachetées. Donc, c’est la couleur qui m’a d’abord marquée. Elle me transportait dans un autre monde. J’étais toute petite alors, c’était avant l’école.

Jeanne, quelle influence eut votre grand-père sur votre formation d’artiste ?

Lorsque j’étais enfant, la peinture était mon jardin secret. Je ne comptais pas sur l’assentiment des autres. Mais lorsque j’ai vu que mon grand-père était accepté en tant que peintre, je me suis dis « Eh bien, si je me mets à peintre aux yeux de tous, sans en faire un secret, on m’acceptera moi aussi. » En tout cas, peindre me rendait plus heureuse.

Je n’ai pas appris à peindre. Il se trouve que j’aimais ça. À mon avis, c’est comme pour un futur cuisinier : passant du temps avec sa mère dans la cuisine, il en gardera à jamais des traces indélébiles. Ce n’est pas quelque chose que l’on décide, mais qui vient naturellement. Tout le monde possède ce type d’inclination pour une activité qui procure du plaisir et paraît naturelle.

Avez-vous un jour sciemment pensé “D’accord, je vais devenir peintre” ou bien était-ce comme une évidence ?

Je me suis sentie comme automatiquement aidée par mon grand-père peintre. Je ne me suis pas posé la question. Je savais que la peinture faisait partie de ma vie, mais je ne m’en vantais pas. J’étais peintre et voilà tout. Ce que j’avais besoin de découvrir, c’est quelle sorte de peintre j’étais et ce que je voulais raconter à travers ma peinture. C’était cela pour moi le plus difficile. Comment commencer à faire des choix, comment exprimer ce qu’on ressent et comment s’y retrouver à travers toutes les questions qui nous assaillent quand on commence à peindre ? Ces réponses ne se trouvent pas dans les livres, et on ne peut pas se mettre à copier – une « maladie » contre laquelle mon grand-père me mettait en garde. Il disait « copier, c’est une maladie qu’il faut éviter à tout prix. »

Parliez-vous de peinture avec votre grand-père ?

Absolument. Il m’emmenait dans son atelier pour m’en parler comme à une adulte. Il m’exprimait ses opinions avec franchise et je l’écoutais. Avec grande attention, parce que tout cela me parlait. Ce rapport lui plaisait, car il s’adressait à quelqu’un d’entièrement absorbé par ses propos. J’ai vraiment appris à travers ses paroles. Ce n’était pas un cours magistral, il m’expliquait par exemple la raison pour laquelle il avait peint telle chose, pourquoi il avait repéré telle autre, comment il était attiré par tel ou tel sujet. Et ces sujets de conversation m’apprenaient beaucoup, sans ressembler à une leçon. J’adorais nos conversations car il s’exprimait d’une manière formidable, en raison de son accent français et de sa diction très appliquée. On était fasciné par sa voix, par son langage, de même que par sa façon d’exprimer les choses. Pour un enfant, c’était hypnotisant.

 LA PEINTURE ÉTAIT-ELLE POUR VOUS UN MODE DE VIE ?

La peinture faisait déjà partie de ma vie. Elle a pris une place importante, parce que j’ai toujours été quelqu’un de visuel, attachée à regarder les choses, à en conserver de fortes empreintes visuelles. Cependant, je n’y songeais pas professionnellement. Cela nest venu que lorsque j’ai quitté l’école et commencé à recevoir des commandes. Alors quau départ, je ne l’envisageais pas comme un moyen de subsistance, je me contentais d’expérimenter mes limites. J’ignorais quelle sorte de peintre je pouvais devenir.

Certains disent qu’on commence toujours par copier les grands maîtres pour l’apprentissage…

Au début, on copie tout. Un vase de fleurs, n’importe quoi. Puis, on commence à apprivoiser ses propres aptitudes, à représenter vraiment ce que l’on voit, au lieu de copier. C’est la différence entre quelqu’un qui apprend à dessiner et peindre, et quelqu’un qui possède assez de savoir-faire pour exprimer quelque chose… La peinture est devenue une part importante de ma vie car j’ai toujours été quelqu’un de visuel, qui regarde les choses et en conserve une empreinte forte.

Paul Maze a-t-il vécu assez longtemps pour dire à Jeanne Maze « Tu es peintre » ?

Oui. Cela s’est produit en aparté, dans ma chambre à coucher nouvellement redécorée. J’avais peint l’un des murs dans le style chinoiserie. Je venais de commencer, je n’avais terminé qu’un tiers de la surface et j’appréhendais le résultat. Je ne tenais pas à me ridiculiser, parce que mon père aurait été fâché de devoir recommencer la décoration après moi. Mon grand-père a regardé le mur pendant deux minutes, sans prononcer un mot – j’avais plutôt peur, les mains moites. Puis, il a dit « Tu seras peintre. Mais tu as encore beaucoup à découvrir. » Je me souviens encore de la sensation de soulagement, mais aussi de gratitude. C’était la première fois que quelqu’un me reconnaissait une vraie vocation et non plus seulement quelque talent de dessinateur. J’ai eu le sentiment d’avoir franchi une frontière. Je me rappelle parfaitement ce moment et d’avoir pensé « Maintenant, j’ai vraiment la permission de tenter l’aventure. Et si j’échoue, au moins j’aurais essayé. »

Pour compléter cet apprentissage familial, avez-vous suivi une formation artistique ?

Oui, je suis entrée à la Bryam Shaw Art School de Londres, pour suivre un cursus de base. Grand-père était furieux ! Il était tellement déçu qu’il m’a dit « Tu apprendrais davantage en une journée passée dans l’atelier d’un peintre que tu admires plutôt qu’en une année dans une école d’art. » J’y suis pourtant allée – pour comprendre ensuite qu’il n’avait pas tout à fait tort. Cela m’a permis de cerner ce qui m’intéressait ou pas. J’y ai appris la gravure, qui m’a passionnée.

Quand j’ai fini l’école, j’ai aussitôt trouvé un travail dans la production de cadres dorés. La formidable maison F. A. Pollak était établie dans le quartier de St-James à Londres. Apprentie pendant 18 mois, j’y ai beaucoup appris sur l’art de l’encadrement, de la dorure. Puis, j’ai compris que je ne pouvais plus continuer ainsi, que je devais me mettre à peindre. J’ai posé ma démission et commencé à copier des motifs trouvés sur de la porcelaine ou du papier peint chinois, pour des musées et des galeries. Ensuite, j’ai reçu des commandes pour peindre des murs en style chinoiserie chez des particuliers londoniens. C’est vraiment ainsi que j’ai commencé à gagner de l’argent avec ma peinture.

Faites-vous une différence entre ce travail alimentaire et votre art, ou cela faisait-il partie du même apprentissage ?

Les deux étaient liés, d’une certaine manière. Monsieur F. A. Pollak était un réfugié polonais qui posa à Londres ses deux valises en bois remplies de cadres à tableau. Les tout premiers cadres qu’il réalisa furent taillés dans le bois de ces valises, car il n’avait pas l’argent pour acheter le matériau. Il bâtit son entreprise et devint au fil du temps l’un des encadreurs les plus connus et les plus respectés de Londres. C’était un honneur de travailler pour lui. Et j’ai beaucoup appris. C’est important de voir une peinture dans son cadre et de savoir comment les galeries s’efforcent de présenter les tableaux. Certaines notions sont un peu dépassées, les modes changent, mais il est toujours utile de comprendre l’effet recherché par un encadreur, comment un cadre s’harmonise avec l’esprit du tableau.

Quelle importance a représenté la peinture chinoise dans votre travail ?

Les Chinois peignaient toujours à l’aquarelle ou à l’encre. Pour l’aquarelle, le pigment est déposé avec l’eau sur le papier. On peut ainsi jouer avec la quantité et l’intensité de la couleur. Ils ont un talent extraordinaire dans le choix des couleurs et l’utilisation du pinceau, qui leur permet de saisir la vérité de la vie et de la nature. Leurs œuvres vous intiment le respect du monde naturel. Les animaux sont respectés dans toutes leurs particularités. Les peintres chinois possèdent un incroyable répertoire végétal et animal, qu’ils reproduisent à l’infini. On ne se lasse jamais d’observer le même insecte sur une théière ou sur le papier peint près de votre lit, parce qu’il est dessiné avec fidélité, mais aussi une certaine joie de vivre. J’adore cette pureté de la ligne claire, teintée de quelques couleurs, comme pour le ventre rose d’une sauterelle vert pomme…

Quand ils se contentaient d’encre, en quelques coups de pinceau, ils vous créaient une telle harmonie sur le papier ! C’est d’une grande finesse. On a l’impression d’une réalisation au petit bonheur la chance, mais en réalité c’est le résultat d’une réflexion, de beaucoup de talent et d’un grand souci du détail – une maîtrise que l’on acquiert sur plusieurs années, pour une exécution qui ne prendra que cinq minutes. J’ai donc pris beaucoup de plaisir à pratiquer cette technique et à peindre des chinoiseries pendant 20 ans à Londres. Lorsque j’ai commencé à peindre sérieusement, je veux dire sur des toiles et en abandonnant la gouache pour l’huile, quelques touches chinoises ont continué à apparaître de-ci de-là.

L’amour des animaux et l’attention pour les détails n’étaient-il pas déjà présents dans votre enfance ?

En effet. J’ai eu la grande chance dans mon enfance d’être entourée de cousins, oncles et tantes possédant des maisons de campagne. Mon père est né dans le nord de l’Écosse. La région d’Argyll est restée très sauvage, avec beaucoup de vaches des Highlands, des saumons, des cerfs… Mes oncles et tantes habitaient en Angleterre, cernés de chevaux, de chiens, de chats et de chèvres. Les animaux faisaient donc partie de ma vie. C’est à la campagne que je ressentais le plus grand calme intérieur. Je trouvais la ville assez effrayante, bruyante, pleine d’éléments qui ne m’attiraient pas particulièrement… À la campagne, j’étais beaucoup plus libre de vagabonder, d’explorer et de m’ébattre comme le font les enfants. Quand je me suis mise à peindre des animaux, je trouvais que mon travail ne leur rendait pas vraiment justice. Mes cahiers de classe étaient remplis d’esquisses de chevaux et de lapins.

Comment avez-vous rencontré votre époux, Robert Churchill?

Je n’ai rencontré Robert qu’au moment de l’exposition donnée à la galerie Wildenstein de Londres pour les 90 ans de mon grand-père Paul. Le soir du vernissage, mes parents organisaient un grand dîner. Je suis donc allée voir l’exposition et au dîner, on m’a présenté Robert, venu en compagnie de sa mère. Il étudiait à l’époque à l’université de Cambridge. Je me souviens qu’ils avaient failli ne pas venir car sa mère souffrait d’une rage de dents. J’ai discuté avec lui après le repas. Il venait juste d’acheter un appartement à Londres. Il m’a invitée à peindre sa soi-disant salle à manger, qui était minuscule. En découvrant l’appartement, je l’ai trouvé rempli de tableaux que mon grand-père avait donnés à Robert. C’est alors que j’ai compris comme tous deux avaient été proches, grâce au père de Robert, Ivor (Lord Ivor Spencer-Churchill, 1898-1956). Ce fut le début de notre relation. Inutile de préciser que Robert ne régla jamais cette commande – il m’a épousée à la place ! Nous nous sommes fréquentés pendant deux ans encore avant le mariage.

La famille de Robert partageait-elle cet amour des arts ?

Sa grand-mère paternelle Consuelo (Consuelo Vanderbilt Balsan, d’abord Duchesse de Marlborough, 1877-1964) adorait l’art. Certains des plus grands maîtres de l’époque exécutèrent son portrait : Carolus-Duran (1837-1917), John Singer Sargent (1856-1925), Giovanni Boldini (1842-1931) ou Paul César Helleu (1859-1927). Ivor apparaît petit garçon sur le tableau de Consuelo par Boldini, qui se trouve désormais au Metropolitan Museum. Helleu fit un immense portrait d’elle à 18 ans, en pastel – une œuvre à la fois très belle, sensible et émouvante.

Consuelo présenta tous les peintres qu’elle connaissait à son fils Ivor, lui permettant ainsi de créer sa propre collection. Mère et fils échangeaient des tableaux et discutaient beaucoup de peinture, oralement ou par écrit. Une fois qu’on s’intéresse à un art, je pense que la passion vous emporte de plus en plus loin. La formidable énergie qu’exige la réalisation d’un tableau s’empare de vous littéralement. (En 1936, Lord Ivor offrit généreusement un tableau de Paul Cézanne au Musée Marcel Arnaud, rebaptisé ensuite Musée Granet, à Aix-en-Provence.) Consuelo et Ivor étaient en capacité d’encourager les artistes, ce qu’ils firent avec beaucoup d’intelligence. Ils furent de très bons mécènes, y compris envers mon grand-père!

Quelles sont les différentes étapes de votre carrière de peintre ?

Après l’école d’art et la dorure d’encadrement, j’ai pratiqué les chinoiseries pendant une certaine période. C’était devenu très confortable pour moi. Je travaillais beaucoup, les gens appréciaient mon travail et l’argent rentrait, j’étais donc heureuse. Puis, mon mari m’a dit « Si tu veux être prise au sérieux en tant que peintre, tu dois peindre réellement et arrêter tes chinoiseries. » C’était un véritable défi, un immense défi ! J’étais pétrifiée, car il me fallait repartir à zéro. Après des années de reconnaissance et de louanges, je suis soudain redevenue une débutante, incapable de vraiment peindre à l’huile.

Alors, j’ai loué une petite partie d’un atelier qui appartenait à une amie restauratrice de tableaux. C’est elle qui, pendant plus de 2 ans, m’a initiée aux subtilités de la peinture à l’huile. Peu à peu, je me suis adaptée et me suis sentie de plus en plus à l’aise. Cette technique est bien différente… Ensuite, nous avons déménagé à la campagne et je me suis mise à peindre des animaux et autres sujets champêtres. J’ai exposé des tableaux de poules, de canards, d’oies. Puis, j’ai commencé à voyager.

Quels pays vous ont le plus marquée ?

J’avais déjà beaucoup travaillé en Amérique du nord et en Europe. Bien plus tard, je suis allée à Cuba – un pays extraordinaire, qui m’a révélé la lumière. J’avais soudain ouvert le rideau ! J’ai vu toutes ces couleurs splendides répandues partout. Comme si des cargaisons de peinture s’étaient déversées sur les maisons, les murs, les voitures, pour les recouvrir de merveilleuses couleurs scintillant dans le soleil. J’ai découvert que je pouvais m’autoriser la couleur tout en restant authentique. Après des années passées en Angleterre, sous un soleil voilé, la puissance de cette lumière fut une véritable révélation.

Puis, je suis allée au Maroc et au Sri Lanka. Et j’y ai vu la couleur, là aussi. La juxtaposition de la lumière et des ombres m’est devenue primordiale. J’ai commencé à expérimenter les pigments et les couleurs, en les utilisant d’une manière que je n’aurais jamais pu exploiter en restant en Angleterre.

Est-ce toujours la couleur qui prime lorsque vous peignez ? Comme par exemple, dans votre série sur les tapis marocains ?

Si l’on part de l’idée d’une couleur pour essayer d’en faire un tapis, ça ne marche pas. Il faut l’avoir devant soi et pouvoir se dire « Oh, quelle merveille ! Je me demande si je peux reproduire ça sur une toile. » Alors seulement, on tente l’expérience. C’est un curieux processus, parce que parfois une idée séduisante ne fonctionne pas, alors qu’une autre idée moins convaincante va se concrétiser parfaitement – c’est l’instant magique ! Je ne peux jamais affirmer au départ que le résultat final va me plaire. Mais je tente le coup, même si je risque de passer beaucoup trop de temps sur une réalisation qui mènera finalement à un échec. D’autres fois au contraire, je suis portée par l’enthousiasme et me rends compte que le résultat est formidable.

Mais je n’ai jamais l’impression d’être l’unique responsable, ça me dépasse. C’est toujours un saut dans l’inconnu, on ne contrôle pas vraiment l’aboutissement. D’ailleurs, si l’on essaie de tout maîtriser, alors le tableau sera parfait, mais dépourvu d’étincelle – il lui manquera cette touche de vie, d’humour ou de nature authentique. C’est ce que j’appelle une « image morte ». Tout le monde vous dit « Oh, c’est merveilleusement peint ! » Mais la pincée de magie n’y est pas.

Peut-être est-ce la différence que vous faites entre une photographie et un tableau ?

En effet. C’est merveilleux, une photographie. Certains photographes sont même extraordinaires. Mais une photo reste un petit instantané de vie que l’on a capturé. Un tableau, c’est le résultat d’une vision qui se crée dans l’esprit avant de s’incarner sur le papier ou la toile. Il faut que cette vision traverse l’esprit avant d’atteindre la toile. Un photographe utilise une machine qui va reproduire ce qu’il a décidé de saisir. Mais l’image n’est pas passée par sa tête, par son corps. Cela fait une grande différence. Mon grand-père était un très bon photographe, il prenait des photos magnifiques, mais sans les confondre avec des peintures. Je pense qu’une photographie ne remplacera jamais un tableau – et vice-versa.

Vous vivez aujourd’hui en France, dans la région de Cognac. La viticulture est-elle comme la peinture, une question d’équilibre ?

La production de cognac est le merveilleux aboutissement d’une somme de connaissances humaines transmises à travers les générations. Chacune a appris de la précédente, presque par télépathie. Je me sens privilégiée d’y apporter ma modeste contribution, grâce à ces vignes que j’ai héritées de mes parents.

La peinture ressemble à la viticulture dans le sens où c’est une production humaine basée sur des ingrédients naturels : les pigments proviennent de la terre, des plantes, des pierres et des roches. Quant au raisin, il est issu de la vigne qui émerge de la terre, du sol, des pierres et du sable. Tout est lié. Tout ce qu’on voit dans ce monde nous vient peu ou prou de la nature. Elle est à la racine de toute chose. C’est un mécanisme magique… Quoi qu’il en soit, viticulture ou peinture, toutes deux exigent de moi un combat contre le temps.

Quelle direction prend actuellement votre travail de peintre ?

Après des années passées à changer de sujet, à tenter de trouver un chemin susceptible de devenir une autoroute, je pense que j’ai trouvé ma voie avec la couleur, la lumière et les ombres, découvertes dans des pays comme le Maroc. À partir de cette palette, je peux maintenant développer un style, qui à mon avis va m’occuper jusqu’à la fin de mes jours. Il y a tant à faire. C’est une immense découverte pour moi. Ayant passé toute ma vie à peindre, j’ai l’impression que ces différents sujets avaient pour but de m’amener jusqu’à ce point. Désormais, je me suis trouvé un nouveau défi, que j’ai envie de relever et de pousser à son maximum.

Je n’en suis même pas à mi-chemin. C’est à peine, d’ailleurs, si j’ai commencé. J’en suis encore à m’émerveiller des possibilités que m’offrent ces idées, ces couleurs changeantes, sur les limites qu’on peut atteindre en termes de lumières, d’ombres, de paysages, de textures. Je crois que je ne vais pas m’ennuyer!

A propos de Paul Maze

Paul Maze était encore un jeune garçon lorsque, par l’entremise de son père commerçant et amateur de peinture, il rencontra Claude Monet dans sa maison de Giverny. Plus tard, il fit la connaissance de Camille Pissarro et Auguste Renoir. Grandissant au Havre, il se lia d’amitié avec Raoul Dufy, Othon Friesz et Georges Braque. Après la Première Guerre mondiale, il loua un atelier parisien dans le même immeuble qu’André Derain et Édouard Vuillard. Ce dernier allait devenir l’ami proche et le mentor de Paul, l’initiant à la technique du pastel. Son cercle amical s’élargit alors avec Jean Marchand, Paul Signac, Pierre Bonnard, et plus particulièrement André Dunoyer de Segonzac. Après la Seconde Guerre, Maze s’installa en Angleterre, devenant citoyen britannique. Il fut également proche de Sir Winston Churchill, qu’il avait rencontré dans les tranchées de 14-18 et qu’il encouragea à peindre. La carrière artistique de Maze s’épanouit en Grande-Bretagne et aux États-Unis. Ses tableaux furent exposés à Londres dans les galeries Marlborough Fine Art et Wildenstein, ainsi qu’à New York chez Wildenstein et Acquavella. En 1953, il fut nommé peintre officiel pour le couronnement de la reine Elizabeth II. Paul Maze considérait qu’ « on naît peintre, on le devient pas ».